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La naissance de Natixis modifie en profondeur le paysage bancaire français

LE MONDE | 06.06.06 | 14h15  •  Mis à jour le 06.06.06 | 18h54

C’'est une étape de plus dans la recomposition, déjà très avancée, du secteur de la banque en France. Trois ans après le rachat du Crédit lyonnais par le Crédit agricole, les Caisses d'épargne ont obtenu de leur conseil de surveillance, mardi 6 juin, un feu vert pour se rapprocher des Banques populaires, via l'apport de leurs activités de banque d'investissement à une filiale commune, Natixis. Cette nouvelle banque, dont la vocation est d'être cotée en Bourse, devrait être créée le 1er janvier 2007.

 

L'idée de rapprocher les deux poids lourds mutualistes est ancienne. L'ancien président des Banques populaires, Jacques Delmas-Marsalet, l'avait soumise au Trésor à la fin des années 1990, sans toutefois convaincre. Il aura fallu l'accélération des restructurations bancaires en Europe - et avec elle, la prise de conscience du risque de marginalisation des banques n'ayant pas atteint la fameuse "taille critique" - pour que l'opération se fasse.

Pour Olivier Pastré, professeur à Paris-VIII et auteur d'un récent rapport sur "Les enjeux économiques et sociaux de l'industrie bancaire", ce rapprochement est opportun. Il répond à "une phase de recomposition du secteur bancaire à l'échelle mondiale, dominé par des géants financiers américains pesant désormais plus de 150 milliards de dollars (116 milliards d'euros) en Bourse, qui impose à toutes les banques de réfléchir à sa taille et son action".

VERS LA FIN DES GRANDES OPÉRATIONS

Jusqu'au dernier moment, le réseau des Banques populaires, que l'on disait "à marier", aura été courtisé par les grandes banques françaises, désireuses d'augmenter leur part de marché dans la banque de détail en France - notamment, selon nos informations, par BNP Paribas et la Société générale.

La création de Natixis est importante à plus d'un titre. D'abord, parce qu'elle préfigure, sans doute, un rapprochement plus poussé des Caisses d'épargne et des Banques populaires dans la banque de détail, pour l'instant maintenue à l'écart des accords. Les présidents respectifs des deux banques, Charles Milhaud et Philippe Dupont, mesurent certes les conséquences sociales d'une telle opération. Mais ils savent que, une fois Natixis créée, les analystes financiers n'auront de cesse de leur réclamer cette fusion, seule à même de "créer de la valeur" au sens des marchés, c'est-à-dire de produire des économies substantielles.

Un tel mariage marquerait alors vraisemblablement la fin des grandes opérations dans le secteur bancaire en France. Avec sept grands réseaux se partageant les trois quarts de l'activité bancaire (dépôts et crédits) - six demain ? -, le marché français a, en effet, atteint un degré de concentration proche de sa limite en matière de concurrence.

D'autant qu'à l'échelon local l'offre est parfois plus concentrée : le Crédit agricole fournit à lui seul la moitié des crédits dans quinze départements ! Ensemble, les Caisses d'épargne (4 700 agences) et les Banques populaires (2 800) représentent 20 % de la banque de détail.

Ensuite, l'opération Natixis est importante parce qu'elle va modifier profondément la physionomie des Caisses d'épargne. En effet, à la différence des Banques populaires - qui ont une expérience plus ancienne de la banque d'investissement et qui, étant cotées en Bourse depuis dix ans, possèdent une "culture du résultat" mieux ancrée -, l'Ecureuil va faire, avec Natixis, l'apprentissage de la Bourse. Avec ce que cela suppose de pression en termes de rentabilité et d'exigences en matière de bonne application des règles de gouvernance et de transparence.

Son profil de banque mutualiste "pas comme les autres" va donc s'en trouver modifié, exactement comme l'avait été celui du Crédit agricole, lors de son entrée en Bourse en 2001.

PLUS-VALUE DE 2 MILLIARDS

Surtout, cette évolution vers un statut banalisé risque de priver les Caisses d'épargne de l'une de leurs principales sources de revenus : le Livret A, le livret d'épargne préféré des Français, dont le mode de distribution en monopole paraît de moins en moins justifié et risque d'être remis en cause par Bruxelles.

Les risques liés à la banalisation du statut des Caisses d'épargne sont dénoncés par l'intersyndicale du secteur financier semi-public. Jean-Philippe Gasparotto, animateur (CGT) du mouvement, regrette que "l'avenir de l'épargne administrée, pourtant vitale pour le financement du logement social, soit bradé, au profit d'un schéma de développement banal". "Sait-on que 80 % des logements sociaux en France ont été construits grâce au Livret A et que bon nombre d'ouvrages d'intérêt général ont été financés par le secteur financier semi-public ?", interroge-t-il.

Enfin, l'opération Natixis a des effets induits importants. Elle conduit ainsi la Caisse des dépôts et consignations (CDC), actionnaire de référence à 35 % de la Caisse nationale des Caisses d'épargne (CNCE), le chef de réseau du groupe, à sortir du capital, à l'occasion d'une opération que l'institution publique juge "risquée et inopportune".

Cette sortie met fin à 150 ans d'histoire commune et permet à l'Ecureuil de s'affranchir de son ancienne tutelle publique. Elle a été chèrement négociée par la CDC, qui a obtenu des Caisses d'épargne la remontée d'actifs stratégiques - notamment dans le logement social, via le rachat d'Efidis, filiale HLM de 40 000 logements sociaux - et le maintien de ses intérêts financiers dans la CNP, le premier assureur vie français. La CDC détiendra 40 % de son capital directement.

Surtout, le chèque de 7 milliards d'euros que doit lui signer l'Ecureuil lui permet d'empocher une plus-value de 2 milliards d'euros ! Cela représente une prime de 25 % par rapport à la valeur de sa part de 35 % dans la CNCE, telle qu'estimée par les banques d'affaires. Sur ce total, 700 millions d'euros devraient remonter dans les caisses de l'Etat.

Anne Michel

Article paru dans l'édition du 07.06.06


   

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