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Satisfait d’avoir fait payer le divorce à l’Ecureuil

par Martine Orange

La rencontre avec Francis Mayer, directeur de la CDC, le 29 mai à Paris.

Challenges.fr | 01.06.2006

 

Tout était consommé. Sans espoir de retour en arrière, sans possibilité de réconciliation. Même si la Caisse des dépôts et consignations (CDC) l’avait voulu, plus rien n’au­rait jamais pu être pareil avec les Caisses d’épargne. Trop de mots se sont dits, trop de passion et trop de haine se sont distillées depuis que Charles Milhaud, le patron des Caisses d’épargne, a lancé, en mars, son projet de rapprochement avec les Banques populaires, sans en parler à son principal actionnaire. Alors Francis Mayer, le directeur général de la CDC, s’est résolu. Jeudi 25 mai, il a accepté le divorce en faisant payer le prix fort : 7 milliards d’euros pour sa participation de 35 % dans les Caisses d’épargne. Les ponts seront définitivement coupés avec une société dont la CDC accompagnait le développement depuis 1818.
Dressant ce constat, Francis Mayer n’avoue ni tristesse ni amertume. Il affiche plutôt la satisfaction du devoir accompli, celui d’avoir défendu jusqu’au bout les intérêts de sa Caisse, et même ceux des Caisses d’épargne. Ce projet de mariage entre l’Ecureuil et les Banques populaires ne l’a jamais convaincu. « S’il existe des synergies, c’est plutôt dans la banque de détail que dans la banque d’investissement. Or c’est dans la banque d’investissement que doit se faire le rapprochement, c’est-à-dire dans la partie la plus difficile et la plus risquée », insiste-t-il. Il a, malgré tout, tenté de faire entendre sa voix. « Nous avons obtenu un rééquilibrage partiel mais insuffisant. Ainsi, le Crédit foncier de France ne sera pas inscrit dans le périmètre du rapprochement , précise-t-il. Avant de lancer sur un ton faussement dégagé : « A mon sens, les Caisses d’épargne régionales ont les mêmes intérêts d’actionnaire que la Caisse des dépôts. Je pensais donc qu’elles réagiraient plus vigoureusement contre le déséquilibre de l’apport des actifs et de la gouvernance. »

Rage devant la trahison
Francis Mayer a beau feindre l’indifférence, la blessure est toujours là, à vif. Jamais il ne pourra oublier la trahison. C’est sur un lit d’hôpital, alors qu’il se remettait d’une troisième intervention en moins d’un mois, qu’il a appris le projet d’union entre les Caisses d’épargne et les Banques populaires. Quand il repense à cet instant, il en tremble encore de rage. Le coup lui était porté au moment où il était le plus faible, et venait du côté le plus inattendu pour lui : de Charles Milhaud, le président de l’Ecureuil, l’homme qui se présen­tait comme un ami.
Alors qu’ils discutaient tous les deux depuis des mois d’une éventuelle cotation des Caisses d’épargne, leur président négociait un autre projet, sans rien dire. « La Caisse des dépôts a montré qu’elle savait s’adapter et, si besoin, changer de stratégie. Les choses auraient donc pu et dû se faire non pas dans la dissimulation, mais à visage découvert et dans la transparence », assène le patron blessé. A partir de cette minute, ses proches ont compris que tout était irrémédiablement fini entre les deux dirigeants. Malade, affai­bli, parfois incapable de supporter plusieurs heures de réunion, Francis Mayer a organisé la résistance. Trois mois après, il accuse encore la fatigue, a du mal à marcher. Dans son bureau traînent les signes de la maladie, un vaste oreiller sur le canapé, une couverture.
Il se connaissait des ennemis, il s’est découvert des amis.

A l’Elysée où Jacques Chirac l’a assuré de son soutien, à Matignon, et à Bercy où, selon Francis Mayer, Thierry Breton n’a pas ménagé ses efforts pour endiguer la jalousie d’une administration des Finances à l’endroit d’une CDC ombrageusement indépendante. Et aussi, plus inattendu, dans le privé : les anciens hauts fonctionnaires des Finances, devenus banquiers, n’ont pas été les derniers à s’inquiéter d’une perte d’influence du dernier bras armé financier de l’Etat.

Détermination renforcée
Cette sollicitude des proches a permis une séparation digne. La CDC a vendu chèrement son statut d’actionnaire majoritaire dans les Caisses d’épargne. Sa position dans la Caisse nationale de prévoyance (CNP) est renforcée, son rôle de gestionnaire du livret A, confirmé.
Alors quelles sont maintenant les préoccupations de Francis Mayer ? Consolider, d’abord, tout ce qui peut l’être avec l’autre grand partenaire bancaire de la Caisse des dépôts, La Banque postale. S’attaquer ensuite très vite à la nouvelle charge de la Caisse, « celle d’un investisseur et d’un opérateur qui assure des missions que d’autres ne veulent ou ne peuvent pas assumer, c’est-à-dire la gestion dans la durée » . Dans la liste, il inclut le rôle d’actionnaire stable au sein des grands groupes, le capital-risque dans les PME, les investissements dans les infrastructures, l’immobilier et, surtout, le logement social. Dans son esprit, cette nouvelle vision de la Caisse doit être arrêtée à l’automne. Une clarification salutaire, selon lui. « Finalement, d’un mal nous aurons fait un bien. Nous aurons renforcé la Caisse des dépôts, et c’était bien notre objectif » , conclut son directeur général.

Il affiche plutôt la satisfaction du devoir accompli, celui d’avoir défendu jusqu’au bout les intérêts de sa Caisse, et même ceux des Caisses d’épargne. Ce projet de mariage entre l’Ecureuil et les Banques populaires ne l’a jamais convaincu. « S’il existe des synergies, c’est plutôt dans la banque de détail que dans la banque d’investissement. Or c’est dans la banque d’investissement que doit se faire le rapprochement, c’est-à-dire dans la partie la plus difficile et la plus risquée », insiste-t-il. Il a, malgré tout, tenté de faire entendre sa voix. « Nous avons obtenu un rééquilibrage partiel mais insuffisant. Ainsi, le Crédit foncier de France ne sera pas inscrit dans le périmètre du rapprochement , précise-t-il. Avant de lancer sur un ton faussement dégagé : « A mon sens, les Caisses d’épargne régionales ont les mêmes intérêts d’actionnaire que la Caisse des dépôts. Je pensais donc qu’elles réagiraient plus vigoureusement contre le déséquilibre de l’apport des actifs et de la gouvernance. »


   

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